De jeunes randonneurs mettent les aventures locales à l’honneur tout en favorisant le bien-être mental

Thabiso Nxumalo et d’autres randonneurs lors d’une randonnée. Photo gracieuseté : Thabiso Nxumalo

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Le secteur touristique de l’Eswatini attire des visiteurs grâce à la cérémonie annuelle de l’Umhlanga, ou danse des roseaux, et aux nombreuses attractions naturelles du pays. Mais alors que le royaume se tourne vers l’étranger pour attirer davantage de touristes, un nombre croissant de jeunes Eswatinites portent leur regard sur leur propre territoire et explorent les montagnes, les forêts, les rivières et les trésors culturels de leur pays.

Par Nokukhanya Musi, bird story agency

25 October 2026

Thabiso Nxumalo gravit prudemment un sentier de montagne rocailleux, s’arrêtant de temps à autre pour reprendre son souffle et admirer les vastes panoramas sur les hauts plateaux et les vallées de l’Eswatini. Des forêts denses aux plaines ouvertes, en passant par les chaînes de montagnes lointaines, le paysage réserve une nouvelle découverte à chaque tournant. Cet écologiste et artiste visuel de 34 ans a parcouru une vingtaine de sites de randonnée à travers le pays, à la recherche de lieux qui méritent d’être explorés.

Originaire de Siphofaneni, dans l’est de l’Eswatini, Nxumalo a commencé à randonner avec ses amis pendant ses études supérieures. En 2014, lui et ses trois amis ont pris l’habitude de partir chaque année en randonnée et en camping. Au fil du temps, la répétition d’itinéraires familiers lui a donné envie de relever un nouveau défi.

« Après avoir enchaîné des randonnées dans trois destinations différentes pendant un mois, je me suis familiarisé aux sentiers. Je me suis ensuite lancé le défi de choisir un nouveau sentier ou une nouvelle destination pour la randonnée suivante », raconte-t-il.

Cette décision l’a conduit à se fixer l’objectif de visiter 30 destinations en 12 mois. Il n’a pas atteint les 30, mais en a parcouru 20 et a découvert que ce défi allait bien au-delà des distances ou des chiffres.
Le tourisme intérieur constitue une composante importante de l’économie du voyage en Afrique. En juin 2026, le Conseil mondial du voyage et du tourisme indiquait que les voyages intérieurs représentaient environ 61 % des dépenses touristiques totales sur le continent. En Eswatini, les jeunes qui explorent les itinéraires de randonnée du pays attirent aussi l’attention sur les attractions locales, montrant comment les aventures de proximité peuvent s’inscrire dans une culture touristique plus large.

Nxumalo a commencé la randonnée pendant une période difficile de sa vie.

« J’étais au bord de l’effondrement quand j’ai commencé la randonnée, à cause de certaines circonstances ou de certains événements de ma vie qui me pesaient sur le plan émotionnel et mental », explique-t-il.

Il décrit le changement qu’il ressent après avoir passé du temps sur un sentier.

« Quand je suis là-bas, c’est comme si mon esprit changeait. Je réfléchis moins et je commence à sentir l’air autour de moi, je ressens les arbres, le chemin, tout ce qui m’entoure. À la fin, je me sens différent, plus léger, plus heureux. Il y a quelque chose dans la randonnée qui fait réagir le cerveau de cette manière », explique-t-il.

La découverte de nouveaux lieux lui a permis de se familiariser avec les histoires locales, les cultures, les habitants, les climats et la végétation. Il se souvient de la vue depuis le sommet du mont Mdzimba et de sa décision de descendre le rocher de Sibebe plutôt que d’emprunter son itinéraire habituel.

« En tant que liSwati, on devrait connaître les montagnes et les rivières qui nous entourent, car elles constituent les frontières naturelles de notre pays », affirme-t-il.

Une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé menée en milieu scolaire en 2025 indiquait qu’un adolescent de 13 à 17 ans sur quatre avait sérieusement envisagé le suicide au cours des 12 mois précédents, soulignant l’importance du soutien social chez les jeunes en Eswatini. Près d’une personne sur quatre avait fait une tentative de suicide au cours de la même période, et 43,4 % déclaraient que leurs parents ou tuteurs comprenaient rarement, voire jamais, leurs difficultés et leurs préoccupations.

La psychologue clinicienne Celeste Jacobs Richards estime que le soutien social et les activités de plein air peuvent aider les jeunes à faire face à la détresse psychologique.

« La nature contribue à atténuer la réaction du corps au stress et à éclaircir l’esprit. Le système nerveux parasympathique peut lui aussi être stimulé naturellement, ce qui aide à apaiser le corps », explique-t-elle. « Pour être franche, c’est plus abordable que les services de santé mentale formels, et certaines personnes peuvent se sentir mal à l’aise ou gênées à l’idée de se retrouver d’emblée face à un professionnel de la santé mentale pour parler de leurs problèmes personnels », souligne-t-elle.

Elle prévient toutefois que, si les activités de plein air peuvent favoriser le bien-être émotionnel, elles ne remplacent pas une prise en charge professionnelle en santé mentale, en particulier pour les jeunes qui éprouvent une souffrance émotionnelle intense ou persistante.

« La randonnée favorise le bien-être, mais ce n’est pas un soin de santé mentale », explique-t-elle. Une aide professionnelle est nécessaire lorsque les symptômes sont graves, durent longtemps ou perturbent la vie quotidienne.

L’expérience de Nxumalo reflète un intérêt plus large pour les activités de plein air parmi les jeunes Eswatinites. Bheki « Bisto » Mamba, organisateur de randonnées au sein de Bahambi Hikes, explique que cet intérêt a augmenté après la levée des restrictions liées à la COVID-19, lorsque les gens ont commencé à rechercher des activités à l’extérieur après avoir passé de longues périodes enfermés.
« De plus en plus de jeunes recherchent activement des expériences de plein air qui associent activité physique, aventure, interactions sociales et bien-être mental », affirme-t-il.

Selon Mamba, les réseaux sociaux ont aidé les jeunes à trouver des itinéraires de randonnée. Bahambi Hikes a démarré en avril 2024 avec huit personnes. Ses sorties régulières attirent désormais entre huit et quinze participants, tandis que les itinéraires populaires et les excursions organisées les jours fériés rassemblent entre 35 et 50 personnes.

Le groupe réunit des étudiants, des jeunes actifs, des entrepreneurs ainsi que des amateurs de sport et de plein air. L’Office du tourisme de l’Eswatini a fait état de 562.920 visiteurs au premier semestre 2026, soit une hausse de 8,3 % par rapport à la même période en 2025.

Les participants viennent pour faire de l’exercice, nouer des amitiés, vivre une aventure ou s’éloigner du travail et de la routine quotidienne. Selon Mamba, les randonneurs s’entraident également pour aller au bout du parcours.

Mamba estime qu’à mesure que la pratique se développe, les randonneurs recherchent des itinéraires plus longs et des aventures de plusieurs jours dans des lieux moins fréquentés, plutôt que les sentiers les plus connus.

Parmi les destinations prisées figurent Malolotja Mountain Wilderness, les monts Makhonjwa près de Bulembu, les gorges de Ngwempisi, Mdzimba, Zombodze, Mantenga, Sheba’s Breast, les montagnes de Ngwenya et d’Ezulwini, ainsi que Sibebe.

L’accès reste un obstacle. Certains sentiers sont difficiles à rejoindre sans transports publics fiables, tandis que les droits d’entrée, les repas, les préoccupations liées à la sécurité et les dépenses d’équipement peuvent empêcher certains jeunes de participer. Mamba estime que les groupes de randonnée peuvent aider en organisant des sorties et en proposant des conseils pratiques ainsi que des informations sur la sécurité.

Ces groupes peuvent également attirer l’attention sur des sites culturels qui, autrement, seraient moins fréquentés. Bahambi Hikes a récemment conduit une trentaine de randonneurs au site d’art rupestre san de Bulunga, leur faisant découvrir un lieu que beaucoup n’auraient pas exploré seuls.

« Il n’est pas toujours nécessaire de quitter le pays pour vivre une aventure. Les endroits extraordinaires à visiter ne manquent pas ici, en Eswatini », affirme Mamba.

Pour Nxumalo, ce défi lui a permis de voir son pays comme un territoire qui mérite d’être exploré. Après en avoir parcouru les sentiers à pied, il compte se mettre au vélo pour découvrir l’Eswatini autrement.

bird story agency




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